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UNE NUIT 'ÉCLAIRÉE'
Journal personnel de François de Champlain - reste à venir
Convoyage St-Martin - Lac Champlain, 2006


Équipage: Francois de Champlain, Alain Langlois, Rainer Kistler, René Charland
Skipper:  Guy Carpentier

...Jour 11 en mer

Latitude      37°03'
Longitude 071°49'


22h22: Je me réveille en sursaut suite à un coup de tonnerre puis un autre, et un autre... J'entends le vent se lever brusquement et je perçois une fébrilité dans le cockpit. Rainer et René sont vite rejoint par Guy et un 3e ris est vite pris pour faire face à ce coup vent qui s'annonce.

Puis, plus rien...

Dans l'espace de quelques minutes, le vent est tombé. Rainer démarre le moteur pour manoeuvrer le bateau au travers des vagues qui frappent maintenant la coque sur le travers. Nous affalons rapidement les voiles. Malgré l'obscurité, on décèle une masse de nuages envahir le ciel devant nous. Un silence parmi l'équipage traduit une certaine inquiétude... Le sommeil au cours des deux derniers jours se compte au compte-goutte et la journée fut fort éprouvante dans le Gulf Stream.

Minuit: Je débute mon quart. Le ciel se fait de plus en plus menaçant. Les éclairs se multiplient avec une fréquence grandissante de minutes en minutes. Pour plus de sécurité, nous décidons de faire des quarts deux par deux et ce, même si cela impliquera des quarts de travail de quatre heures au lieu de deux.

1h30: Le spectacle que nous offre le ciel est aussi ferrique qu'inquiétant. Les éclairs sont maintenant partout autour de nous. À chaque azimut, les éclairs semblent se rapprocher de notre position. Guy éteint le feu de tête de mat et le maximum de l'électronique du bateau. Nous engageons le pilote automatique et essayons de prendre un cap vers une zone du ciel qui semble moins menaçante mais nous semblons cerné. Je trace une position sur la carte et on débranche le GPS et on le place dans le four en guise de cage de Faraday afin de le protéger en prévision d'un champ électromagnétique suite à un foudroiement potentiel. Nous y mettons aussi le Navtext pour la même raison. Guy ouvre l'Iridium ou le numéro de la garde côtière américaine y est préprogrammé.

Alain, Guy et moi sommes maintenant dans le cockpit et nous tachons de nous tenir loin de toutes surfaces conductrices. On attend dans le plus profond silence seul interrompu par le claquement des éclairs à l'horizon. Notre calme apparent cache mal une anxiété et une fébrilité grandissante. Nous n'avons jamais rien vue de tel auparavant. Dans le coup de vent ou la tempête, le marin expérimenté sent qu'il contrôle une partie de sa destinée mais devant un tel déchaînement de la nature, on ne peut que rester impuissant en espérant le mieux mais en se préparant au pire.

3h02: Une pluie violente et froide débute et le vent se lève rapidement. Il semble que nous passions une ligne de grains. Difficile de regarder en avant. Malgré le ciré que je porte, je sens la pluie froide me fouetter violemment le dos. Difficile également de lire le ciel étant donné la noirceur mais les éclairs qui se succèdent à une vitesse folle nous laissent voir d'énormes Cumulo-nimbus à l'horizon. On tente d'observer si une partie du ciel semble moins menaçant mais aucun cap ne semble plus invitant... La pluie continue furieusement et le vent s'anime de plus bel. Dans de tels moments, on pense aux petites choses de la vie pour lequel on paierait chers soit une toiture, un bain chaud, un lit douillet accueillant et stable... Toutes ces émotions nous aident toujours à remettre les choses en perspective. Comme quoi tout est relatif dans cette vie où l'on prend vite les petites choses et le bien-être du quotidien pour acquis.

3h40: Le temps semble enfin vouloir se calmer. Les éclairs qui durent maintenant depuis presque 6 heures semblent vouloir ralentir en intensité. Guy a la bonne idée de nous proposer une soupe chaude que nous acceptons avec joie. Momentanément, celle-ci vient contrecarrer le froid et l'humidité qui nous transperce la peau depuis des heures.

4h00: Fin de mon quart. Je retourne vers ma couchette avant avec un regard furtif et airant. Pour la première fois du convoyage je venais d'avoir peur et cette émotion combinée avec la fatigue des derniers jours me permettra de trouver le sommeil rapidement malgré une mer encore agitée.


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